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12 janv. 2012

2ans après, Canaan le camp des camps en Haiti

cliquez pour agrandirHabiter Canaan veut dire qu'on a franchi l'étape des camps de sans-abri. Plus d'attente dans les tentes. Canaan, dans l'esprit des gens qui habitent sur ces collines, répond à une attente assouvie par un décret : celui du 22 mars 2010 paru dans Le Moniteur. Tout citoyen rêve de propriété privée. Les gens s'arrachent ces lopins de terre par tous les moyens.

Bòs Verdier n'est pas opportuniste, mais il aime les opportunités. Il a construit un « deux-pièces » pour vivre avec sa famille à Canaan. « Depuis quinze jours environ, je suis installé à Canaan. Ce n'est pas la terre promise. Nous avons des problèmes d'eau, d'électricité. Canaan est une terre d'opportunités », convient-il. 

Avant le drame du 12 janvier 2010, bòs Verdier, mécanicien et forgeron de son état, habitait à Drouillard sur sa propriété privée. Mais pourquoi n'a-t-il pas reconstruit sur sa propriété ? Rationnel, il réserve à plus tard des projets pour Drouillard. 

« Quand le président René Préval a fait publier je ne sais quelle loi dans un journal qui donne la chance aux fils du peuple d'avoir un lopin de terre à eux, j'ai sauté sur cette opportunité. Le reste viendra », dit l'homme. 

Il regarde Canaan comme une ville à l'état embryonnaire. Quand on établit la relation entre cette communauté et les camps de déplacés, Bòs Verdier porte un regard circulaire autour de lui et ne voit pas ce qui différencie Canaan des autres formes d'espace habité en Haïti.

Le peuple construit comme il peut

Son Canaan a lui est traversé de routes. Il est le symbole de la reconstruction non assistée de l'espace habitable du petit peuple qui se fait à la mode « Jan l pase l pase ». Advienne que pourra ! Le petit peuple construit quand le Parlement et le gouvernement commencent à penser à la reconstruction. 

Hyperbidonville, Canaan s'élève dans les collines environnantes de la route nationale No 1 à la route Nord de Port-au-Prince à une vitesse vertigineuse. Boulangeries, maisons de matériaux de construction, blanchisseries, écoles, églises, cliniques, unité de traitement de choléra, cybercafé, studio de photo, restaurant, salle de cinéma, bank bòlèt, gagè, marché, dépôts de provisions alimentaires, station de véhicules de transports en commun, citernes d'eau privées, kiosques de traitement d'eau traitée par osmose inverse, terrain de football, poste de police, etc.

Bòs Verdier a installé sa grosse génératrice auprès de sa maison et souligne que Canaan est très quiet et n'a aucun souci pour son matériel. A Drouillard, il ne dormirait pas à poings fermés.

Je suis toujours dans un camp
Thérèse Charlemagne s'estime chanceuse de travailler ainsi que son mari à Foi et joie d'Haïti, une école fréquentée par plus de trois cents écoliers de Canaan et de ses environs. Elle est sur ce site avec ses trois enfants depuis le mois de janvier 2010. Elle avait réussi à défricher un arpent de terre pour construire un taudis qu'elle garde encore à côté d'une baraque élevée sur pilotis qu'une ONG internationale « Un tetcho para mi » lui a remis.

« Cette maison me fait penser que je suis toujours dans un camp. Quand j'aurai de l'argent, je construirai une vraie maison, pas un arrosoir. Quand j'étais sous la tente, j'avais peur de la pluie. Maintenant que j'ai ça, je trompe le soleil avec », dit-elle en faisant une moue de dégoût.

Couple de débrouillards, Thérèse et son mari ne se reposent pas sur leurs revenus. Pendant que son mari répare des pneus au bord de la grande route, elle fait un petit commerce de boissons gazeuses et de bonbons. A deux, ils épargnent pour construire en dur. Elle se dit qu'avec des économies de bout de chandelles elle nourrit des illusions. « Pourrai-je construire un jour une vraie maison solide ? Je rêve », dit-elle.

Le rêve de Thérèse prend appui sur le décret du 22 mars 2010 paru dans Le Moniteur, déclarant d'utilité publique les propriétés s'étendant de l'angle de la rivière Bretelle à la route nationale No 1, en passant par Bon-Repos et Corail-Cesselesse, qui forment un polygone avec la zone communément appelée Cocombre.

Thérèse étend ses mains comme pour embrasser un espace qui revient aux sinistrés du 12 janvier. « C'est notre terre à nous ; je n'ai pas acheté ma propriété. J'ai construit ma maison sur un emplacement ; j'ai un job. Qu'est-ce que je peux vouloir de plus ? Une maison. »

Joseph Lucien aime Canaan. Il a un atelier de couture et attire des clients dans la zone. Il préfère la communauté cananéenne à Carrefour-Feuilles où il a vécu la majeure partie de sa vie. « Cet espace appartient à mon frère. Je gère aussi son business. Son fils a un cybercafé ici. Nous vendons de l'eau traitée. Ça marche », dit-il.

Le tailleur confie que désormais Canaan est sa vie. « J'ai acheté l'année dernière à Canaan deux centièmes de terre pour dix mille gourdes. C'est ici que je construirai. »

Marjorie, 26 ans, un enfant sous les bras, n'a nulle part où aller. Elle vit dans une de ces structures provisoires, sous le toit d'une cousine, en attendant de planter une petite tente en bâche dans la zone. Marchande de bonbons, elle n'a pas eu la chance de trouver une de ces petites structures légères qu'elle voudrait bien mettre à côté des autres qui colorent les collines dénudées en petits points verts, blancs et gris qui laissent, dans le lointain, l'impression que Canaan est un camp.

Il faut aller voir de près cette organisation spatiale qui témoigne de la vitalité et de la débrouillardise d'un peuple qui veut avoir un vrai toit sur la tête pour regarder vers l'avant.


Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr
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